Ça fait plusieurs années que j’utilise le terme « gynécologie émotionnelle ». Et pendant tout ce temps, je ne l’ai jamais vraiment expliqué. D’où il vient, pourquoi je l’ai choisi, pourquoi je continue à l’utiliser, et surtout pourquoi je l’utilise très différemment de ce qu’on entend parfois sur les réseaux sociaux.
Alors voilà, c’est le moment….
Ce que la gynécologie émotionnelle n’est pas
Quand je parle de gynécologie émotionnelle, deux réactions reviennent souvent.
La première : « Ah oui, donc tu penses que les émotions créent les maladies ? » Non. Absolument pas.
La deuxième : un regard sceptique, parce que les gens pensent immédiatement au développement personnel, au féminin sacré, ou à cette idée que chaque maladie cacherait un conflit émotionnel à résoudre. Non plus.
La gynécologie émotionnelle ne dit pas que ta colère explique ton endométriose, ni que ta tristesse a créé tes douleurs menstruelles. Si tu as déjà entendu quelqu’un te dire ça, c’est un drapeau rouge. C’est irresponsable d’accuser directement le vécu d’une personne de ses symptômes.
Ce que je décris, c’est quelque chose de beaucoup plus subtil, et beaucoup plus passionnant que ça.
D’où vient ce terme ?
La gynécologie émotionnelle n’est pas un terme de la médecine institutionnelle. Je tiens à le préciser, parce que la médecine institutionnelle reste indispensable pour diagnostiquer, traiter et sécuriser — et elle fait partie, pour moi, d’une approche pluridisciplinaire. Mais elle s’intéresse encore peu à la façon dont les émotions, le stress, le contexte social ou l’histoire personnelle influencent l’expérience de la douleur.
À ma connaissance, j’ai été la première en France à utiliser ce terme, en 2018. Je ne revendique pas un savoir absolu là-dessus — si quelqu’un l’a utilisé avant moi, qu’il vienne me le dire et je réparerai ma parole. Je sais qu’il existe au Brésil, mais je n’ai pas été formée là-bas et je ne connais pas ce qu’il y a derrière ce terme de leur côté.
Ce terme est né de mes propres observations. J’avais été formée en Colombie à la gynécologie naturelle, une approche proche de la naturopathie spécifique à la santé gynécologique — principalement des plantes. Dans cet enseignement, il y avait des bribes d’impact émotionnel, notamment autour de la médecine traditionnelle chinoise et des savoirs ancestraux colombiens, mais la notion restait floue et symbolique.
Ce qui a tout changé, c’est quand j’ai commencé à accompagner des personnes. Ce que je voyais d’abord, c’était de la détresse émotionnelle, beaucoup plus que de la détresse physique. J’avais beau proposer des macérats de bourgeons de framboisier, proposer des plantes pour soutenir le corps — si la détresse émotionnelle restait présente, je ne voyais pas ou peu de progression réelle.
C’est là que je me suis vraiment intéressée à ce lien de manière cartésienne et scientifique. J’ai cherché à comprendre les impacts hormonaux, immunitaires et nerveux que les émotions pouvaient avoir sur les troubles gynécologiques. Et je suis tombée dans une marmite de connaissances : le cycle menstruel, la douleur, des études scientifiques en gynécologie et en psychologie. C’est comme ça qu’est née la gynécologie émotionnelle telle que je la pratique aujourd’hui.
Alors, qu’est-ce que c’est vraiment la gynécologie émotionnelle ?
La gynécologie émotionnelle, c’est une approche qui relie les troubles gynécologiques et le vécu émotionnel de la personne. Quand je dis « gynécologie », je parle dans un sens anatomique et non médical du terme : l’utérus, les ovaires, le vagin, la vulve — et le lien entre cette sphère anatomique et la vie émotionnelle.
J’aime beaucoup parler de co-influence, parce que ça va dans les deux sens.
Tes émotions ont un impact sur ta sphère gynécologique — quand tu as beaucoup de stress quelques jours avant tes menstruations, il y a de fortes chances que ta douleur soit plus intense. Mais réciproquement, tes maladies et tes douleurs ont une répercussion sur ton état émotionnel. Ta douleur peut générer de la colère, de la déception, de la fatigue émotionnelle. Et ça, c’est aussi important d’en prendre soin.
Cette co-influence concerne les douleurs menstruelles, mais aussi l’ensemble des maladies chroniques gynécologiques : le vaginisme, le SOPK, les mycoses à répétition, les cystites à répétition, les douleurs inexpliquées, les dyspareunies. Toutes ces maladies chroniques ont une dimension émotionnelle qui mérite d’être accompagnée.
Et pour sortir du faux débat une fois pour toutes : la question n’est pas de savoir si tes douleurs sont physiques ou émotionnelles. Elles sont réelles, biologiques, physiques. La question, c’est comment ces dimensions s’influencent mutuellement pour générer de la douleur — et surtout comment elles peuvent s’influencer pour l’apaiser.
Gynécologie émotionnelle et Gyn’émotion® : quelle différence ?
C’est une question que l’on me pose souvent, et elle mérite une réponse claire.
La gynécologie émotionnelle, c’est un terme large. Il signifie simplement que l’expérience de la douleur peut avoir une dimension émotionnelle. Reconnaître ça, c’est déjà de la gynécologie émotionnelle. Tu pourrais ensuite aller faire de l’EMDR pour travailler dessus, par exemple — ce n’est pas ce que je propose, mais ça entre dans le cadre de la gynécologie émotionnelle.
La Gyn’émotion®, c’est une méthode que j’ai créée. Des outils de régulation émotionnelle que j’ai développés au fil de mes années de recherche et d’accompagnement, spécifiquement tournés vers les troubles gynécologiques. J’ai aussi développé un outil d’architecture-thérapie pour aider à habiter son corps en sécurité, plutôt que de vivre dans une maison hantée — et c’est très souvent ce que j’entends en séance : cette sensation de corps inhabité, douloureux, traumatisé.
Ce n’est pas de la prétention de dire que j’ai développé une méthode. C’est aussi une façon de protéger des années de travail, de recherche et d’expérience qui me permettent d’obtenir des résultats très positifs dans l’apaisement des douleurs menstruelles.
Pourquoi les émotions influencent-elles les douleurs de règles ?
Ton état émotionnel a un impact sur ton cerveau, ton système nerveux et tes hormones. Et ces trois choses sont aussi des modulateurs de la douleur. Ils communiquent en permanence entre eux.
Les hormones. Ton état émotionnel peut produire du cortisol et de l’adrénaline, qui vont déréguler tes hormones menstruelles — œstrogènes et progestérone — et donc avoir un impact sur tes douleurs. Le cortisol peut aussi exciter le système inflammatoire, qui va sur-réagir à une inflammation déjà présente. Les menstruations sont une inflammation naturelle du corps : si le cortisol et l’adrénaline viennent s’y ajouter, l’intensité peut décupler.
Le système nerveux. Il agit comme un amplificateur ou un modérateur de l’information douloureuse — comme un bouton de volume. Lorsqu’il est en état d’alerte chronique, il rend le corps plus sensible aux douleurs menstruelles. Ce qui le dérègle ? Le stress chronique, l’hypervigilance, les traumas non traités, le manque de sommeil, la sensation d’être dans une situation menaçante. Tout ça, dans la majorité des cas, est émotionnel.
Le cerveau. Il ne cherche pas d’abord à mesurer la douleur — ça, c’est le rôle du système nerveux. Il cherche à estimer le niveau de danger pour l’organisme. La douleur est l’une des réponses possibles à cette estimation. Quand tu es dans un état émotionnel difficile, intense, submergeant, il va y avoir une interprétation erronée du danger, et donc une intensité beaucoup plus forte de la douleur.
Et là, je veux être très précise sur un point : ce n’est pas « dans ta tête ». Ce que je viens de décrire, c’est cérébral. Ce n’est pas psychique. C’est une réaction biologique réelle.
Pour rendre tout ça concret, j’utilise la métaphore de la guitare. La guitare, c’est ta douleur. Les cordes accordées ou désaccordées, c’est tes hormones. Le micro et le câble qui va jusqu’à la table de mixage, c’est ton système nerveux. Et l’ingénieur ou l’ingénieure son qui interprète tout ça, c’est ton cerveau. Si le câble est fatigué, si l’ingénieur son est épuisé et submergé, le son qui sort va être beaucoup plus fort et beaucoup plus discordant que ce que la guitare produit réellement.
Concrètement, comment ça fonctionne en accompagnement ?
L’objectif de la Gyn’émotion®, c’est d’aller apaiser ces trois zones d’impact : la production de cortisol, le système nerveux et la sensation de danger dans le cerveau. La bonne nouvelle, c’est que c’est tout en un — l’apaisement des émotions a un impact sur les trois à la fois.
Pour ça, je travaille avec ce que j’appelle les couches d’oignon émotionnelles. On retire les couches submergentes une à une, en commençant par les émotions les plus accessibles et en allant vers les plus profondes.
Première couche : les émotions comme conséquences des douleurs. La colère d’avoir mal, la peur que ça revienne le mois prochain, la tristesse de devoir annuler quelque chose, la culpabilité de demander de l’aide. Ces émotions passent souvent inaperçues parce que la douleur physique prend toute la place. Et pourtant, les apaiser, c’est la première étape indispensable. Je ne rentre jamais dans les couches plus profondes si celles-ci n’ont pas d’abord été accueillies. Et oui, il est possible de ne plus être en colère d’avoir mal — c’est peut-être impensable à entendre pour certaines, mais avec un accompagnement adapté, c’est tout à fait possible.
Deuxième couche : les émotions comme facteurs aggravants. Là, on sort de la sphère gynécologique directe. Ce sont toutes les émotions qui ne sont pas liées aux douleurs menstruelles elles-mêmes, mais qui vont amplifier leur intensité : le stress au travail, une relation conflictuelle, un deuil, une angoisse familiale. Le système nerveux et le cerveau perçoivent du danger et montent le volume de la douleur. Une séance peut donc parfois ressembler à une séance de coaching professionnel, si c’est là que se trouve la tension principale.
Troisième couche : les émotions comme facteurs de cause. C’est la couche la plus délicate, et la plus critiquée — à juste titre quand elle est mal utilisée. On sait aujourd’hui qu’il existe une surreprésentation, dans les statistiques, de personnes ayant vécu des traumatismes parmi les personnes atteintes d’endométriose ou souffrant de douleurs menstruelles sévères. Ces traumatismes, physiques ou émotionnels, non traités, peuvent potentiellement contribuer à dérégler le corps et favoriser le développement d’une maladie ou d’une inflammation plus intense. Ce n’est jamais une cause directe, c’est toujours multifactoriel. Et on n’arrive jamais là dès la première séance.
Un exercice pour commencer
Si tu veux explorer la première couche de ton oignon émotionnel par toi-même, voilà comment faire.
La prochaine fois que tu as mal pendant tes règles, ne te demande pas quelles émotions ont créé ta douleur. Demande-toi plutôt : quelles sont les émotions que je ressens parce que j’ai mal ?
Prends quelques minutes. Observe. Est-ce que c’est de la colère parce que tu as dû annuler une soirée ? De la tristesse parce que ton corps t’empêche de faire ce que tu avais prévu ? De la peur parce que tu sais que ça reviendra le mois prochain ?
Ensuite, cherche où cette émotion se loge dans ton corps. Une boule dans la gorge ? Les épaules qui se contractent ? Les jambes qui deviennent lourdes ? Décris ce signe physique à voix haute ou dans ta tête, sans chercher à le faire disparaître. Juste : « j’ai une boule dans la gorge parce que j’ai mal au ventre. »
C’est ça, accueillir une émotion. Pas la chasser. Pas l’analyser. Juste la valider en nommant son inconfort physique. Et c’est déjà énorme, parce que rester dans un inconfort émotionnel alors qu’il y a déjà de la douleur physique, ça demande du courage.
Pour aller plus loin
Cet article est tiré de l’épisode 10 de Transgresser les Règles, le premier podcast français entièrement dédié aux douleurs menstruelles. Si tu veux écouter l’épisode complet, avec la pratique guidée à la fin, le lien est disponible sur toutes les plateformes d’écoute.
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Maud Renard est spécialiste de la dimension émotionnelle des douleurs menstruelles et créatrice de la méthode Gyn’émotion®. Elle accompagne les personnes qui souffrent de douleurs gynécologiques chroniques en travaillant sur la co-influence entre corps et émotions.